Declercq Passementiers

Au nord-est de Paris, dans un petit village de l’Aisne, se trouve un « atelier d’art » qui fabrique des objets décoratifs en textile des plus raffinés : « Declercq Passementiers ». 

Le mot « passementerie » vient de « passement » et remonte au XIIe siècle. Le dictionnaire officiel de l’Académie française le définit comme suit : « Bande plate de tissu dans laquelle sont entrelacés des fils d’or, d’argent, de soie, de laine, etc., et qui sert d’ornement aux vêtements et aux tentures ».  

Aujourd’hui, il ne reste plus que quatre passementiers en France, et Declercq Passementiers est la plus ancien. Fondée en 1852, elle appartient toujours à la famille Declercq.

Jérôme Declercq, l’actuel président, a trouvé, parmi de vieux documents, une carte de visite datant de 1930, ayant appartenu à son arrière-grand-père, Gaston Perret, sur laquelle figure la mention « Fabrique de passementeries pour ameublement fondée en 1643 ». 

Carte ancienne G. Perret, fabrique de passementeries pour ameublement fondée en 1643.
© Archives Declercq Passementiers,
photographie Alexandre Réty : p. 35

« Declercq Passementiers » travaille toujours selon des techniques ancestrales sur des métiers à tisser très sophistiqués. Les fils, achetés en Italie, sont teints, bobinés et tissés pour produire des franges, des embrasses, des glands et de nombreux autres éléments décoratifs destinés à embellir les rideaux, les tentures et les revêtements de mobilier.  L’atelier emploie 22 artisans.  Ces derniers acquièrent leur savoir-faire sur place, et certains d’entre eux y travaillent depuis des décennies. Une fois le motif choisi et les fils préparés, il faut compter au minimum 45 minutes et jusqu’à 350 heures pour terminer une création dont 80% nécessitent un travail manuel.

« Un fil d’histoires entre nos mains » est une présentation de deux minutes disponibles sur YouTube, que nous vous suggérons de regarder. 

Artisane travaillant sur un métier à tisser dans les ateliers Declercq Passementiers.
Declercq Passementiers, Métier à tisser
© MPD

« Declercq Passementiers » ne dispose pas toujours de dessins sur lesquels s’appuyer mais possède dans ses archives, des documents originaux très précis sur lesquels il est possible de se baser pour reproduire des pièces des XVIIe et XVIIIe siècles. Ce fut le cas pour la création des ornements destinés à la restitution de la Chambre du Roi au château de Versailles. Cette chambre située dans les appartements privés et non d’apparat du Palais, fut créée en 1828 pour le Roi Louis XV.  L’objectif de ce projet fut approuvé dans les années 1980 afin de reconstituer le décor exact de la pièce, tel qu’il le fut ensuite sous le règne de Louis XVI et ce jusqu’en 1789 lorsque Louis XVI et sa famille a dû s’enfuir. Le château de Versailles a fait appel aux « artisans d’art de France » les plus compétents. Il aura fallu plus de deux années à Declercq Passementiers pour créer et réaliser tous les différents types de passementeries, franges, glands, embrasses et autres en suivant un motif spécifique à ce style du XVIIIe.

Depuis le mois d’avril 2026, il est possible d’aller visiter cette magnifique réalisation.

Lit à baldaquin de la chambre du Roi au château de Versailles.
La chambre du Roi, château de Versailles
© Declercq Passementiers

Outre la Chambre du Roi, Declercq a travaillé sur de nombreux autres projets au château de Versailles et d’en bien d’autres sites prestigieux. On peut admirer leurs œuvres, au château de Fontainebleau, au château de Vaux-le-Vicomte, à Chantilly.  À Paris, au Palais Garnier (l’Opéra) et notamment à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde.  Les décorateurs Joseph Achkar et Michel Charrière, créateurs de ce dernier projet, ont écrit : « La passementerie reste une carte maîtresse du décor, un petit détail certes, mais on le voit tout de suite et on ne voit presque que cela ».

Aux États-Unis, certains projets réalisés par Declercq se trouvent à la Frick Collection à New York, au Museum of Fine Arts de Boston, au Gettysburg National Military Museum, à la Legion of Honor à San Francisco, et bien d’autres sites.

En Europe, ils ont reçu, entre autres, des commandes du château de Schönbrunn à Vienne en Autriche, et, au Moyen-Orient, de clients privés.

Declercq ne se contente pas de produire des articles « classiques ». Récemment, un tabouret conçu par l’architecte d’intérieur Edgar Jayet a été fabriqué avec un piètement en aluminium et une assise recouverte de leurs revêtements tressés. 

Faudesteuil d’Edgar Jayet avec structure métallique et assise tressée.
Le Faudesteuil d’Edgar Jayet, designer et architecte d’intérieur
© photographie Alexandre Réty, p. 137

Lors d’un séjour à New York dans les années 1980, Jérôme Declercq, l’actuel président, s’est inspiré du Chrysler Building pour concevoir son premier objet de décoration : un « gland » (gland de chêne) reprenant la forme de cet édifice Art déco. Il est disponible en plusieurs couleurs et est vraiment une œuvre d’art. 

Embrasse inspirée du Chrysler Building réalisée par Jérôme Declercq.
Declercq Passementiers, Chrysler Building, Jérôme Declercq
© MPD

Pour découvrir leurs créations, on peut se rendre dans leur boutique située au 15 rue Étienne Marcel dans le 1er arrondissement.  À l’arrière de la boutique se trouve « le Musée de la Passementerie ».  Si vous souhaitez bénéficier d’une visite guidée, il est préférable de les contacter auparavant. C’est avec grande fierté qu’il vous sera présenté des passementeries datant du XVIIe siècle et des époques suivantes, et que leur fabrication vous sera expliquée.

Récemment, Declercq Passementiers a dû faire face à des difficultés financières à la suite d’un ralentissement des commandes depuis la pandémie de la Covid. Heureusement, de nombreux donateurs, soucieux de préserver un patrimoine et un savoir-faire français aussi exceptionnels, se sont mobilisés et ont permis de récolter plus de 120 000 €, une somme suffisante pour permettre à l’entreprise de poursuivre son activité, ce que nous lui souhaitons pour encore très longtemps.

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