À Gilbert du Motier, marquis de La Fayette :
À l’occasion du 250e anniversaire de la signature de la Déclaration d’indépendance américaine, nous rendons hommage, avec admiration et gratitude, à votre contribution à la cause américaine. Vous êtes allé pour la première fois en Amérique à l’âge de 19 ans pour prendre part personnellement à la guerre contre la Grande-Bretagne. Vous avez joué un rôle déterminant pour convaincre la France d’apporter un soutien militaire et financier aux colons afin qu’ils remportent la guerre d’indépendance.
Votre nom est Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier (selon la tradition française, plusieurs prénoms vous ont été donnés). Vous êtes né le 6 septembre 1757, issu d’une famille aristocratique d’Auvergne, dotée d’une longue tradition militaire dont l’héritage remonte à Jeanne d’Arc en 1429. À l’âge de deux ans, vous avez acquis le titre de Marquis de La Fayette suite à la mort de votre père, tué par un boulet anglais, ce que vous n’avez jamais oublié.
Vous avez fait vos études à l’Université de Paris et à l’académie de Versailles. À la suite d’un arrangement familial, en 1774, alors que vous n’aviez que 16 ans, vous avez épousé Adrienne de Noailles, qui en avait 14. Vous avez eu quatre enfants, et votre mariage a duré jusqu’à la mort d’Adrienne en 1807. En 1773, vous avez reçu une commission de lieutenant dans les dragons de Noailles (le régiment de votre beau-père).
Le 8 août 1775, lors d’un dîner, à Metz, en compagnie du duc de Gloucester, le frère cadet du roi George III de Grande-Bretagne, le duc a ridiculisé les rebelles américains des colonies britanniques. Cette attitude vous a choqué, et aurait marqué un tournant dans votre réflexion.
Vous étiez intrigué par les nouvelles idées et la philosophie des Lumières et fasciné par les colons d’Amérique qui contestaient la domination britannique.
Vous avez donc décidé de soutenir les colons américains et de partir pour les États-Unis d’Amérique (nom officiel depuis septembre 1776). C’est à bord du navire Victoire, dont vous êtes devenu propriétaire, que vous avez pour la première fois traversé l’Atlantique. Le 13 juin 1777, votre navire a accosté à North Island, près de Georgetown, au nord de la ville de Charles Town (aujourd’hui Charleston), en Caroline du Sud.
En Amérique, votre nom de famille a été simplifié en « Lafayette ». Le 31 juillet 1777, le Congrès continental vous a nommé général de division, et c’est en août, que vous avez fait la connaissance de George Washington (de 25 ans votre aîné), qui devint votre ami pour la vie. Lorsque, en décembre 1779, Adrienne donne naissance à votre fils, vous l’appelez Georges Washington Lafayette.

vers 1784, gouache sur papier.
Paris, Fondation Josée et René Chambrun FC 15.1.42.
En septembre 1777, vous prenez part à la bataille de Brandywine en Pennsylvanie et êtes blessé à la jambe. Cet hiver-là, vous étiez aux côtés de George Washington à Valley Forge. Par la suite, il vous a envoyé à Albany, dans l’État de New York, et c’est là que vous avez rallié la tribu des Oneidas à la cause des colons. Ils vous ont appelé Kayewla (le redoutable cavalier).
De retour en France en février 1779, vous avez reçu un accueil triomphal. Le roi Louis XVI vous a invité à l’accompagner à la chasse.
Avec Benjamin Franklin, le premier ministre (ambassadeur) américain en France, vous avez obtenu de la France, la promesse de l’envoi de 6 000 soldats français vers l’Amérique. C’est à bord de la frégate Hermione que vous avez de nouveau traversé l’Atlantique en mars 1780.

Vous avez pris part à de nombreuses opérations qui ont abouti à la bataille décisive de Yorktown, en Virginie en 1781. Lors de la bataille des Caps, à l’embouchure de la baie de Chesapeake, la flotte française a pris le dessus sur la flotte britannique et a joué un rôle déterminant en empêchant l’acheminement de renforts vers les forces britanniques à Yorktown. Le commandant britannique, Lord Cornwallis, s’est rendu à George Washington le 19 octobre 1781. Cela a marqué la fin effective de la guerre d’Indépendance.
Le 18 décembre 1781, départ de Boston pour un retour en France. À Paris, avec Thomas Jefferson, ministre des États-Unis en France, vous avez négocié des accords commerciaux entre les deux pays.
De retour aux États-Unis en 1784-1785, vous avez été accueilli avec enthousiasme à Boston et ailleurs. Vous avez reçu un doctorat en droit honoris causa de l’université de Harvard, et George Washington vous a reçu à son domicile à Mount Vernon en Virginie.
Avec l’aide de Thomas Jefferson, résidant toujours à Paris, vous avez rédigé un projet pour la France de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en juillet 1789, qui a abouti à l’adoption d’une version ultérieure par l’Assemblée nationale constituante le 26 août 1791. La question de l’esclavage vous tenait particulièrement à cœur. Vous avez tenté de convaincre George Washington et d’autres dirigeants américains de l’abolir, mais ce fut en vain.
Après la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, vous êtes devenu commandant de la Garde nationale française, et vous vous efforciez de maintenir l’ordre à Paris et en France. Ce fut une tâche difficile, l’opinion publique étant partagée entre partisans et opposants à la monarchie. Au cours de cette période, vous avez été promu au grade de lieutenant-général.

Pastel sur papier
Paris, Fondation Josée et René de Chambrun, FC 15.1.46.
Après l’entrée en guerre de la France contre l’Autriche, vous fûtes capturé et prisonnier de 1792 à 1797. Grâce à l’aide des représentants américains, vous avez toutefois bénéficié de certains privilèges, et Adrienne et vos filles restèrent à vos côtés pendant les deux dernières années. Le général Napoléon Bonaparte négocia votre libération en 1797.
La fin du régime napoléonien fut compliquée. Vous fûtes reçu par Louis XVIII en 1814. Après Waterloo, lorsque Napoléon abdiqua, vous aviez arrangé son départ pour l’Amérique, mais les Britanniques s’y opposèrent, et Napoléon finit ses jours sur l’île britannique de Sainte-Hélène, dans l’océan Atlantique Sud.
En 1824-1825, vous avez effectué un grand tour des États-Unis visitant les 24 états qui faisaient alors partie de l’Union. Le 10 décembre 1824, vous fûtes le premier non-Américain à prendre la parole devant le Congrès américain. Le 9 février 1825, présent à la Maison Blanche à Washington, vous avez assisté à l’élection de John Quincy Adams, le 6ème président des États-Unis.
Vous êtes décédé à Paris, le 20 mai 1834. Le roi Louis-Philippe exigea que vous ayez droit à des funérailles militaires. Aux États-Unis, le président Andrew Jackson ordonna que des honneurs militaires vous soient rendus, et les deux chambres du Congrès furent drapées de noir pendant 30 jours. Plus tard, John Quincy Adams prononça un éloge funèbre de trois heures en votre honneur.
Lieux rendant hommage à Lafayette à Paris
Dans le 1er arrondissement entre le 202 rue de Rivoli et le 211 rue Saint-Honoré, se dressait l’Hôtel de Noailles, qui appartenait à la famille de Marie-Adrienne de Noailles. Dans la chapelle de l’hôtel, le mariage du marquis de La Fayette et d’Adrienne de Noailles fut célébré le 11 avril 1774.
C’est également dans cet hôtel particulier que la reine Marie-Antoinette accueillit le Marquis à son retour d’Amérique en 1779.
En 1783, le Marquis et sa famille s’installèrent à l’Hôtel Lafayette, qu’il avait fait construire au 183, rue de Bourbon. Cette rue s’appelle aujourd’hui rue de Lille. Elle était alors, et reste encore aujourd’hui, l’une des rues les plus élégantes de Paris. La famille, à l’exception de Marie-Adrienne, décédée en 1807, y vécut jusqu’en 1827. Malheureusement, l’Hôtel Lafayette a lui aussi été démoli depuis.
Le Traité de Paris mettant fin à la Révolution américaine fut signé le 7 septembre 1783 à l’Hôtel d’York, au 56 rue Jacob, dans le 6e arrondissement. Les États-Unis d’Amérique étaient représentés par Benjamin Franklin, John Jay et John Adams ; David Hartley, député au Parlement britannique, représenta le roi George III.
Au cours des sept dernières années de sa vie (1827-1834), le Marquis s’installa sur la rive droite de la Seine, dans le 8e arrondissement, au 8 rue d’Anjou. Une plaque indique que le général La Fayette est décédé dans cette demeure le 20 mai 1834.

Domaine publique.
Le Marquis et son épouse sont tous deux inhumés au cimetière de Picpus, situé au 35 rue Picpus, dans le 12e arrondissement. Lors de son dernier voyage aux États-Unis, dix ans auparavant, le Marquis avait rapporté de la terre américaine provenant de Bunker Hill, du Massachusetts, destinée à être utilisée pour sa tombe. Le 4 juillet 1917, le général John Pershing, commandant du Corps expéditionnaire américain, et son aide de camp, le colonel Charles Stanton, se rendirent sur la tombe du Marquis et le colonel Stanton conclut en disant : “Lafayette, we are here!” « Lafayette, nous sommes là ! » Un drapeau américain flotte en permanence sur la tombe. Pendant la Seconde Guerre mondiale, c’était le seul drapeau américain visible dans le Paris occupé. Le cimetière de Picpus est un cimetière privé ouvert uniquement l’après-midi, du lundi au samedi.
Dans le 16e arrondissement, sur la place des États-Unis, se dresse un monument représentant La Fayette et George Washington se serrant la main. Cette statue a été commandée par l’éditeur américain Joseph Pulitzer à Auguste Bartholdi et offerte à la ville de Paris en 1895.
Remerciements : Le Grand Palais, Éditions RMN ; les Archives nationales de France à Paris ; l’Ambassade des États-Unis d’Amérique en France.


Commentaires