Le Carnet de France vous emmène en dehors de « l’Hexagone » afin de vous présenter un autre trésor du patrimoine français : la Villa Médicis, qui abrite l’Académie de France à Rome. Celle-ci est située aujourd’hui sur l’une des sept collines de Rome, la colline du Pincio, d’où l’on peut admirer une vue magnifique sur Rome et la Cité du Vatican.
L’histoire de l’Académie française à Rome remonte à 1666, lorsque le roi Louis XIV (le Roi-Soleil) entreprit d’importants travaux d’amélioration au Louvre avant de s’installer à Versailles. Il décida de créer le « Grand Prix de Rome », récompensant les meilleurs sculpteurs sélectionnés par le roi lui-même. Ces artistes étaient envoyés à Rome pour cinq ans afin d’apprendre à copier les sculptures antiques et de la Renaissance. À leur retour en France, leurs œuvres servaient à décorer les palais royaux.
Au début, l’Académie française occupait divers lieux à Rome, mais en 1803, après la Révolution française, Napoléon la transféra à son emplacement actuel. Initialement, en 1540, le cardinal Giovanni Ricci de Montepulciano fit construire une villa sur la colline du Pincio. En 1576, le cardinal Ferdinando Ier de Médicis, né à Florence en 1549 et installé plus tard à Rome, acquit la villa et lui donna son nom de famille.
Comme beaucoup de dignitaires très fortunés à la Renaissance, le cardinal était un grand collectionneur d’art antique. Il souhaitait exposer sa collection à ses amis ; aujourd’hui encore, on peut admirer certaines de ses magnifiques sculptures, colonnes en marbre et bas-reliefs sur la façade donnant sur les jardins de la villa. Ces œuvres représentent des scènes issues de mythes et textes antiques particulièrement prisés à cette époque.
Le vaste jardin abrite également de nombreuses sculptures, dont un obélisque égyptien (le seul obélisque exposé dans un jardin privé européen). Le cardinal avait une autre passion : la botanique. Il collectionnait des animaux vivants, des oiseaux et des plantes exotiques alors inconnues en Italie (il aurait même importé une dinde du Nouveau Monde). Il fit construire un petit pavillon dans les jardins, où il conservait des sculptures et des livres et où il étudiait. Jacopo Zucchi, peintre florentin (1541-1590), décora le plafond en trompe-l’œil représentant une pergola où l’on voit tous les oiseaux présents dans le jardin. Zucchi réalisa aussi les plafonds de l’appartement principal du cardinal dans la villa.

Les premiers artistes français envoyés à l’Académie à Rome furent des sculpteurs, suivis par des architectes, peintres, poètes, écrivains, musiciens, cinéastes et restaurateurs. Le séjour initial de cinq ans fut réduit à quatre puis à deux ans. Les artistes ne devaient plus copier, mais créer leurs propres œuvres. Plus de 2 000 « pensionnaires » (ainsi appelés car bénéficiant d’une pension complète) ont pu résider et étudier à l’Académie. Aujourd’hui, les artistes ne sont plus obligatoirement français, mais doivent parler couramment la langue française.

Chaque année, l’Académie reçoit environ 600 candidatures mais seulement 12 à 16 sont retenues !
De nombreux pensionnaires sont devenus célèbres. Parmi les peintres notables figurent Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) et Hubert Robert (1733-1808), dont les gravures de ruines italiennes sont aujourd’hui très appréciées. Parmi les musiciens, citons Hector Berlioz (1803-1869), Claude Debussy (1862-1918) et Georges Bizet (1838-1875), auteur du célèbre opéra Carmen. Madame Lili Boulanger (1893-1918), compositrice française, fut la première femme admise à l’Académie en 1913 et la première à remporter le prix de composition du Prix de Rome.
L’architecte Charles Garnier, créateur de l’Opéra Garnier à Paris et de l’opéra de Monte-Carlo, fut pensionnaire en 1849.
En 1961, André Malraux, ministre des Affaires culturelles sous la présidence du Général de Gaulle, nomma directeur de l’Académie le célèbre peintre polonais Balthazar Klossowski de Rola, dit Balthus, qui occupa ce poste jusqu’en 1977. Balthus réalisa de nombreuses réformes : la durée du séjour fut réduite à presque un an (de septembre à juillet), et en 1968, le Grand Prix de Rome fut supprimé. La villa subit d’importants changements décoratifs et fut ouverte au public, permettant enfin de découvrir la beauté du lieu. Elle devint un centre culturel, accueillant concerts et conférences. Chaque année, à la fin de leur séjour, les pensionnaires exposent leurs créations.
« La Villa est une ambassade de la culture française et, surtout, un lieu de création contemporaine », a récemment déclaré Sam Stourdzé, actuel directeur depuis 2020 (lui-même ancien pensionnaire en 2007-2008), dans une interview à un magazine français. M. Stourdzé a invité un célèbre designer italien à créer du mobilier nouveau, en harmonie avec l’existant.
Aujourd’hui, il est même possible de séjourner une ou deux nuits dans cette magnifique villa lors d’une prochaine visite à Rome, à condition de réserver au moins deux mois à l’avance à l’adresse suivante : standard@villamedici.it. Sinon, une visite guidée en anglais vaut largement le déplacement.
Publié en mars 2023 – Mis à jour en novembre 2025

