Aix-en-Provence « Cezanne at Home » été 2025

Ces derniers mois, la moitié nord de la France, autrement dit « au nord de la Loire » (le fleuve étant considéré comme une frontière météorologique), n’a guère vu le soleil. Aussi, concentrons-nous sur une ville qui revendique 300 jours d’ensoleillement par an : Aix-en-Provence.

Cette superbe ville culturelle se situe au nord de Marseille, dans la région Provence. Déjà son nom évoque le soleil, la lavande, les abeilles, les vins, l’art et bien plus encore. Depuis le 28 juin 2025, la ville célèbre son célèbre « fils », l’artiste majeur Paul Cezanne (1839-1906). L’événement, intitulé « Cezanne at Home » (oui, son nom est écrit sans accent sur le premier « e ») se déploie dans de nombreux lieux à travers la ville consacrés à sa vie et à son œuvre.

Pavé – Street marker

Le Musée Granet, musée municipal présentant des œuvres allant des antiquités égyptiennes aux peintures françaises du XIXᵉ et XXᵉ siècles jusqu’aux créations contemporaines françaises et provençales, propose une grande exposition de plus de 100 œuvres de Cezanne : huiles, aquarelles et dessins. Outre la collection du musée, de nombreuses pièces sont prêtées par d’autres musées français, ainsi que par des institutions internationales aux États-Unis, au Canada, en Suisse, au Japon, etc. L’exposition se tient jusqu’au 12 octobre 2025.

En 1859, Louis-Auguste Cezanne (1798-1876), père de l’artiste et banquier, acheta une propriété provençale, « La Bastide du Jas de Bouffan », située à l’ouest d’Aix, où Cezanne vécut par intermittence durant 40 ans lorsqu’il n’était pas à Paris. Cette bastide entourée d’oliviers, de vignes et d’une nature splendide inspira de nombreuses peintures en plein air. Son père, qui rêvait sans succès de voir Paul devenir avocat, aménagea un atelier à l’étage supérieur de la demeure. Cezanne y réalisa certaines de ses œuvres les plus admirées, notamment ses fameuses natures mortes aux fruits. Les fermiers travaillant au « Jas » (enclos à moutons) furent également une source d’inspiration – vous avez peut-être déjà vu ses célèbres tableaux représentant des joueurs de cartes.

À son grand regret, en 1889, après le décès de son père, Cezanne et ses sœurs durent vendre la Bastide. Acquise par une autre famille, elle resta en leur possession jusqu’au début des années 2000, avant d’être rachetée par la ville d’Aix. Lors de la rénovation en 2023, des peintures cachées réalisées par Cezanne en 1859 furent découvertes sur les murs du Grand Salon. Ces œuvres ont été baptisées « L’entrée de Port ». D’autres peintures murales préalablement détachées seront également exposées, notamment « Les Quatre Saisons ».

Après la vente de la Bastide, Cezanne fit construire un nouvel atelier en 1901 sur une colline appelée « Les Lauves », surplombant la ville et la célèbre Montagne Sainte-Victoire qu’il peignit à maintes reprises. À la mort de Cezanne, l’atelier fut acheté par un homme surnommé « Marcel Provence ». En 1954, deux Américains, John Rewald, historien de l’art spécialiste de l’impressionnisme, et l’écrivain James Lord, créèrent le Comité du Mémorial Cezanne. Ce comité réussit à réunir les fonds nécessaires pour acquérir l’atelier Cezanne, désormais connu sous ce nom, et le donna à l’Université d’Aix-Marseille. L’atelier et son jardin, restaurés pour retrouver leur aspect original, sont ouvert au public du mois de juin au 2 novembre 2025.

Un autre lieu de beauté naturelle ayant inspiré Cezanne se trouve à l’extérieur de la ville : les Carrières de Bibémus. La quiétude et les couleurs splendides des pierres se reflètent merveilleusement dans ses peintures.

Impossible d’évoquer Cezanne sans mentionner son grand ami, le célèbre écrivain et journaliste Émile Zola (1840-1902). Ils se rencontrèrent en 1852 au Collège Bourbon, au centre d’Aix. Ils s’admiraient mutuellement, et c’est Zola qui encouragea Cezanne à devenir artiste. Leur relation, parfois tumultueuse, dura jusqu’à la mort de Zola.

L’Hôtel de Caumont

Hôtel de Caumont

Se promener au centre d’Aix-en-Provence est un enchantement. De nombreuses petites rues bordées de magnifiques hôtels particuliers aux façades richement ornées conduisent à des places où trônent d’antiques fontaines. L’eau y est précieuse, particulièrement en été lorsqu’il fait très chaud et sec.

L’Hôtel de Caumont est le plus exquis de ces hôtels particuliers. Construit entre 1715 et 1742, il est situé dans le quartier Mazarin, où résidaient au XVIIIᵉ siècle de nobles familles. Son premier propriétaire, François Rolland de Réauville, riche marchand, fit appel à l’architecte Robert de Cotte pour créer une demeure de style parisien intégrant des éléments provençaux. Ce bâtiment élégant fut le théâtre de nombreuses réceptions mondaines.

Après des décennies d’abandon, une restauration majeure a permis en 2015 de recréer l’atmosphère raffinée du XVIIIᵉ siècle. Aujourd’hui, l’hôtel abrite le Centre d’Art Caumont. Certaines salles, fidèles à leur apparence originale, ont été remeublées et décorées avec des objets d’époque. La salle de musique, le salon chinois et la chambre de la marquise sont absolument magnifiques.

Jardin de l’Hôtel de Caumont

Le centre d’art Caumont organise également deux expositions d’art contemporain par an. Des artistes tels que Botero/Picasso, Nicolas de Staël, Bonnard ou Turner y ont déjà été exposés. Du 30 avril au 5 octobre 2025, le centre a accueilli une exposition consacrée à l’artiste franco-américaine Niki de Saint-Phalle (1930-2002), peintre et sculptrice. Le jardin à la française de l’hôtel est également splendide, et il est possible d’y déjeuner en profitant pleinement du charme provençal.

Publié en mars 2025 – Mis à jour en novembre 2025