Deauville – Les Franciscaines

Deauville – Les Franciscaines

« Un homme et une femme » — certains se souviennent sans doute de ce merveilleux film de 1966 réalisé par Claude Lelouch et de la célèbre scène où Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée s’enlacent sur une longue plage de sable. Cette scène a été tournée à Deauville.

Deauville est située sur la côte normande, au sud de l’estuaire de la Seine, à environ deux heures et demie de train ou de voiture de Paris. Une petite rivière, la Touques, sépare Deauville de Trouville, ancien village de pêcheurs du XVIIIe siècle. En Normandie, il est courant que les noms des villages et des villes, quelle que soit leur taille, comportent la terminaison « ville ».

Deauville doit en grande partie sa création au Duc de Morny (1811-1865), demi-frère de l’empereur Napoléon III (1808-1873) et neveu de Napoléon Ier (1769-1821). Industriel prospère dans le secteur ferroviaire, grand collectionneur d’art et passionné de chevaux, le Duc crée en 1864 l’Hippodrome de la Touques à Deauville. Aujourd’hui encore, des courses de chevaux, des matchs de polos et des ventes aux enchères sont organisées.

Les Franciscaines Deauville
Les Franciscaines Deauville

Le Duc de Morny s’assure que la ligne de chemin de fer arrive jusqu’à Deauville. La ville devient alors une station balnéaire à la mode où les Parisiens fortunés bâtissent villas et résidences de villégiature. Des hôtels de luxe et des casinos voient le jour.

En 1870 survient la guerre franco-prussienne. Deux sœurs, Adèle et Joséphine Mérigault, qui avaient passé leur jeunesse à Trouville avec leurs parents, décident d’y fonder un orphelinat pour les filles de marins disparus en mer. Elles en confient la direction aux sœurs franciscaines. L’établissement prend le nom d’Orphelinat Saint-Joseph de Deauville. En 1880 on y compte 30 orphelines, un an plus tard environ 100. L’orphelinat offre aux petites filles un toit et une scolarité. Jusqu’à 200 religieuses y travaillent, et l’institution finit par recueillir toutes les orphelines dès l’âge de 7 ans.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’orphelinat est aussi affecté en hôpital militaire et accueille plus d’un millier de blessés.

Après la guerre, l’orphelinat redevient une école où les jeunes filles de 7 à 14 ans apprennent des tâches « domestiques ». Les religieuses restent sur place pendant 150 ans, jusqu’en 2010, année où elles décident de vendre leur propriété devenue très vaste grâce aux donateurs.

La Ville de Deauville rachète les lieux pour en faire un centre culturel. Un concours d’architecture est lancé et reçoit 180 candidatures. L’agence Moatti & Rivière est retenue. Parmi d’autres réalisations, cette agence a aussi restauré l’Hôtel de la Marine, Place de la Concorde à Paris.

Après 25 mois de travaux, le centre est inauguré en mars 2021 sous le nom « Les Franciscaines ». Le succès est au rendez-vous : en cinq ans, plus de 800 000 personnes ont visité ce lieu unique. La Ville a voulu un espace accessible à tous : l’entrée est gratuite.

Le centre comprend une bibliothèque, un musée, un espace multimédia, une galerie photo, une salle de concert, une salle de conférence et un restaurant. Ce dernier, « Le Réfectoire », occupe l’ancienne salle à manger des sœurs. Les repas sont servis sur une longue table d’environ 50 couverts. 

L’espace du centre s’organise autour de cinq « univers » : patrimoine de Deauville, arts (musique, cinéma, spectacles), monde du cheval, art de vivre, et jeunesse. Ils ne sont pas séparés par des portes mais par ce que les architectes appellent des « rubans » : étagères couvertes de livres, de photos, de tableaux et d’objets liés à chaque univers.

Univers « cheval »

La bibliothèque rassemble plus de 100 000 livres pouvant être consultés sur place assis dans des fauteuils ou canapés très confortables. Les adhérents des Franciscaines peuvent les emprunter. Des écrans et des ordinateurs sont à la disposition de tous dans le centre.

La chapelle des sœurs est devenue un auditorium de 230 places, pour des concerts et des conférences.

En 2011, Nicole Hambourg, veuve de l’artiste André Hambourg (1909-1999), lègue leur collection à la Ville de Deauville. Elle est exposée aux Franciscaines dans le Musée André Hambourg. Une section présente en alternance des œuvres d’André Hambourg ; l’autre accueille des expositions temporaires d’art moderne et contemporain. Du 27 juin au 20 septembre 2026, l’exposition temporaire présentera des tableaux du célèbre artiste Raoul Dufy (1909-1999), né au Havre.

L’univers jeunesse invite les jeunes à la créativité et propose divers ateliers d’art, de lecture et d’initiation à l’informatique.

Ce centre culturel riche est véritablement accueillant. Les couleurs y sont vives et chaque univers possède sa teinte propre (cheval : brun, cinéma : rouge). Les sols sont recouverts de moquettes colorées ; une atmosphère calme règne, propice à la lecture et à la concentration.

Univers « cinéma »

Chaque septembre, Deauville accueille un autre rendez-vous culturel : le Festival du cinéma américain de Deauville. Consacré au cinéma américain, il présente des films en avant-première. Il a été créé en 1975 par le maire de l’époque, Michel d’Ornano, et par le grand entrepreneur Lucien Barrière. Depuis 1999, le festival décerne des prix. De nombreuses vedettes et producteurs américains y participent.

Aujourd’hui encore, Deauville reste une station balnéaire très prisée qui offre une vie culturelle foisonnante. Elle est entourée de villes intéressantes comme Le Havre, Honfleur, Cabourg et Caen. Elle se trouve sur la route des plages du Débarquement de 1944, théâtre de l’un des événements majeurs des 247 années d’alliance et de relations fécondes entre la France et les États-Unis.

Publié en novembre 2025