Le Victoria & Albert Museum de Londres est « dédié au pouvoir de la créativité ». Il présente actuellement une exposition temporaire exceptionnelle intitulée « Marie Antoinette Style ».
Marie-Antoinette, dernière Reine de France, qui n’a pas vécu longtemps et qui est certainement morte tragiquement, a laissé son empreinte dans le monde de la mode et de la décoration du XVIIIe siècle et au-delà, comme le prouve cette exposition. Cette exposition très colorée et riche se compose de deux parties. La première partie présente des robes, des bijoux, des meubles et des objets réalisés pour Marie Antoinette pendant son règne entre 1770 et 1789. De nombreux objets ont été prêtés par le Château de Versailles et le Trianon. La seconde partie montre l’impact de son influence encore aujourd’hui dans le monde de la mode (Chanel, Dior, John Galliano), dans la littérature (Jean-Jacques Rousseau, Antonia Fraser) et dans l’industrie cinématographique (Sofia Coppola).

Marie-Antoinette est née à Vienne en 1755, fille de l’Impératrice d’Autriche, Marie-Thérèse (1717-1780), et de son époux, l’Empereur François Ier du Saint-Empire romain germanique (1708-1765). Elle quitta son pays natal en 1770, à l’âge de 14 ans, pour se rendre en France afin d’épouser Louis XVI (1754-1793), petit-fils du roi de France de l’époque, Louis XV (1710-1774). Elle n’était jamais allée en France auparavant, et sa nouvelle résidence n’était autre que le Château de Versailles ! Quelques mois après son arrivée, trouvant ses appartements royaux trop démodés, elle décida de rénover les pièces où elle vivait. Ce fut le début de sa passion pour la décoration et la preuve de sa créativité.
À la mort de Louis XV en 1774, Louis XVI et Marie Antoinette devinrent roi et reine de France. Marie Antoinette interrogea Louis XVI au sujet d’un petit palais situé dans les jardins du château. Louis XVI savait que Marie Antoinette n’aimait pas Versailles. Dans le catalogue de l’exposition, Hélène Delalex raconte dans son article « Les appartements privés de la reine et le Petit Trianon », que Louis XVI aurait dit à Marie-Antoinette : « Vous aimez les fleurs. J’ai un bouquet pour vous : le Petit Trianon. » Hélène Delalex a toutefois déclaré que « c’est de la pure fiction ». Néanmoins, Louis XVI offrit le Petit Trianon à Marie Antoinette.
La construction du Petit Trianon avait été ordonnée par Louis XV à la demande de sa favorite, Madame de Pompadour (1721-1764). Malheureusement, celle-ci n’a jamais pu en profiter, car elle est décédée avant son achèvement. L’inauguration a eu lieu en 1769, à une époque où la Comtesse du Barry (1743-1793) était devenue la nouvelle favorite du Roi.

Marie-Antoinette y passa beaucoup de temps, surtout pendant les mois d’été. Cela lui rappelait sa jeunesse en Autriche, un environnement plus intime et serein, entouré par la nature. Elle a d’abord rénové les jardins, puis redécoré l’intérieur, qu’elle a rempli de fleurs.
Il y avait des fleurs partout, non seulement dans des vases, mais aussi imprimées sur les tissus de ses robes, des rideaux et des revêtements muraux. La ferronnerie, le mobilier et la porcelaine étaient également décorés de motifs floraux raffinés.
Pour se procurer ces tissus de coton fleuris, appelés « toiles », Marie Antoinette n’avait pas besoin d’aller très loin.
Toile de Jouy

À moins de 10 kilomètres, au sud-est de Versailles, se trouve une petite ville appelée Jouy-en-Josas. En 1760, Christophe-Philippe Oberkampf (1738 1815), né à Weisenbach (en Bavière, aujourd’hui en Allemagne), dont la famille travaillait dans l’industrie textile, s’installe à Jouy-en-Josas et crée la Manufacture de Jouy. Il choisit cette ville car elle était proche de la cour de Versailles et pour sa rivière, La Briève, qui avait l’eau pure dont il avait besoin pour la production des tissus en coton imprimés. Au début, Oberkampf utilisait des blocs de bois, mais il introduisit ensuite l’utilisation de plaques de cuivre pour imprimer les tissus à fond blanc, avec des motifs en couleur monochrome : rouge, bleu ou violet. Au début de cette aventure, il a lui-même conçu certains tissus inspirés de motifs orientaux et indiens. Plus tard, il a chargé des artistes célèbres, en particulier Jean-Baptiste Huet (1745-1811), de créer des motifs uniques : motifs floraux, mythologiques, historiques, architecturaux et pastoraux. Entre 1760 et 1843, environ 30 000 motifs ont été créés.
Oberkampf n’était pas seulement un précurseur dans l’industrie textile, mais également un brillant entrepreneur et homme d’affaires. Il employa plus de 1 300 personnes. Il créa des logements et des écoles pour les familles à Jouy-en-Josas.
En 1783, le roi Louis XVI accorda à l’entreprise le prestigieux titre de « Manufacture Royale ».
Oberkampf est décédé en 1815 et, en 1843, la « manufacture » a cessé sa production à Jouy-en-Josas. Mais aujourd’hui, certains motifs sont encore reproduits sur des tissus en Alsace, car ils sont toujours appréciés pour la décoration intérieure.
Depuis 1991, le Château de l’Églantine abrite le Musée de la Toile de Jouy (museedelatoiledejouy.fr). Il possède environ 12 000 objets et retrace toute l’histoire de l’industrie textile depuis le XVIIe siècle en France et ailleurs, ainsi que celle de la Manufacture Royale. En plus de la collection permanente, des expositions temporaires sont organisées sur des thèmes liés aux textiles en général et aux nouvelles créations d’aujourd’hui. Des ateliers sont également organisés pour les jeunes visiteurs.
Tout au long de l’exposition au V&A, de nombreuses robes, des meubles et des échantillons de tissus fabriqués avec la Toile de Jouy sont exposés. Dans le magnifique catalogue de l’exposition, un chapitre entier est consacré à l’intérêt de Marie-Antoinette pour la Toile de Jouy et sa création.
Hélène Delalex écrit dans son article du catalogue : « Marie Antoinette est la seule reine à avoir laissé son empreinte personnelle sur Versailles. Et si l’on parle couramment du style Louis XVI, il serait plus juste de décrire le style de cette période comme le style Marie-Antoinette, car il incarne la quintessence à la fin du XVIIIe siècle, si complexe à appréhender. Dans toute l’Europe, son goût est devenu la mode et les intérieurs créés pour elle, comme les meubles et les objets d’art qui lui ont été livrés, représentent le summum inégalé des arts décoratifs français. »
L’exposition se termine le 22 mars 2026.


